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 Sombre présage

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MessageSujet: Sombre présage   Lun 12 Juin - 10:19

Je soulevais difficilement mes pieds dans le sable du désert. Mon seau était accroché à une lanière elle-même fixée à mon épaule gauche, et bien qu’il était encore vide ma force de crevette ne suffisait pas à compenser la différence de poids. Ma tenue de protection en soie grise était trop grande pour ma carrure frêle de fillette de huit ans. Pas étonnant, puisqu’il s’agissait de celle de mon aîné. La mienne était trop courte, et mes parents n’avaient pas les moyens d’en acheter une autre. Marchant sur un pli qui traînait au sol, je trébuchai jusqu’à ce que le seau vienne heurter ma figure. Pourquoi le sort s’acharnait-il sur moi ? J’entendais les gloussements amusés des villageois qui m’entouraient. Tous étaient occupés à leur atelier ou à leur stand de vente, pourtant ils prenaient le temps de se moquer. Je sortis ma tête du sable pour affronter leur regard que j’imaginais sévère et plein de jugement, mais il n’en était rien. Au contraire, ils respiraient tous la joie de vivre. Un jeune garçon vint même me tendre la main pour m’aider à me relever. Je le dévisageai un instant avant de refuser son offre, me hissant sur mes genoux, laissant de nouveau le seau se balancer dans mon dos pour frapper mon flanc. La douleur m’arracha une grimace, et le garçon m’imita, vexé par mon refus. Je me remis en marche, me demandant pourquoi ces gens semblaient si heureux. Pourquoi eux, et pas nous ? Le puits n’était plus très loin.

~

Il y a quelques semaines, mon frère a quitté la maison. Il a promis qu’il reviendrait vite, mais j’ai du mal à le croire. Mes parents sont très fiers, car c’est l’un des premiers à inaugurer le système de service militaire. Il a soufflé sa seizième bougie peu avant de partir, et cet anniversaire avait un goût nettement plus âpre que d’habitude. Cette fête d’ordinaire joyeuse annonçait cette fois-ci son départ. Mes parents parlent de six mois, mais j’ai du mal à me rendre compte d’à quel point c’est long. J’ai déjà du mal à patienter quelques heures le retour de mon père de son travail… Il est ouvrier dans une usine de verre, pas loin de Suna. C’est pas un métier fastoche, vous savez. Du moins, c’est ce qu’il me dit. Il veut que je travaille dur à l’école pour ne pas faire comme lui. Le soir, avant de me coucher, je pense à mon grand frère, certainement allongé dans son dortoir. J’espère que ses camarades sont sympas avec lui, car il n’est pas du genre à savoir se défendre. D’ailleurs, son manque d’adresse m’inquiète : comment va-t-il faire pour faire ce qu’on lui demande sans commettre de bêtise ? Il est très gentil grand frère, mais avant de partir il était souvent triste. Il n’avait pas envie d’y aller, un peu comme quand je n’ai pas envie d’aller chez le docteur. Mais lui, ça durait plus longtemps. Des semaines durant je l’ai vu taper contre le mur de sa chambre en se disant que tout ça n’était pas fait pour lui. Moi, je trouve pas ça chouette de forcer les gens à faire quelque chose qui ne leur plaît pas. Mais bon, maman dit qu’aller voir le médecin est important. J’imagine que sa mission l’est tout autant.

Les repas de famille sont calmes depuis que nous ne sommes plus que trois à table. Papa lit le journal en mangeant, maman boucle le ménage en laissant refroidir son assiette -malgré les demandes incessantes de mon père pour qu’elle nous rejoigne-, et moi je joue avec mes couverts en espérant que le temps passe vite. Six mois, c’est long. Mais on ne m’avait pas dit que bientôt, j’aurais encore longtemps à attendre : un soir, quelqu’un toqua très fort à la porte. Lorsque mon père alla ouvrir, des hommes en uniforme rentrèrent sans demander la permission et cognèrent papa au bidon. Je ne l’avais jamais vu pleurer, jusqu’à ce soir. Je ne comprenais rien à ce qui se passait, mais mes parents non plus, à en croire leurs cris respectifs. À l’école, j’avais appris que l’oncle d’un copain s’était fait emmener par des monsieurs en costume, mais je pensais que c’était une rumeur. Cette fois-ci, ce n’était pas les autres qui étaient affectés. C’était moi, là, juste devant mes yeux. Ils emmenèrent papa en claquant la porte, et maman tomba à genoux en fondant en larmes. Qu’avions-nous fait pour mériter ça ?

Les jours qui suivirent, maman fit d’énormes efforts au travail « pour que la maison tourne sans lui », disait-elle. Elle faisait le ménage dans plein de bâtiments publics, et cette fois-ci elle rentrait plus tard que d’habitude. Elle n’avait plus le temps ni la force de faire son précieux ménage, et la crasse s’empilait dans la maison au fur et à mesure que les lunes défilaient. Jusqu’à ce jour.


~

Je souffrais le martyr en portant le seau devenu très lourd. Je ressentais une énorme pression sur mon épaule, comme si je devais porter tous les malheurs du monde. Je repassai devant le garçon de tout à l’heure, mais il ne prit pas la peine de proposer son aide, cette fois-ci. De toute manière, je l’aurais refusée. Je tenais bon, mais le récipient tremblotait sous l’effet de mon corps fébrile, si bien que je laissais de nombreuses gouttes dans mon sillon. Arrivée à la maison, je l’entendis. Allongée sur son futon, maman toussait aussi fort qu’elle le pouvait. Même papa ne me faisait pas aussi mal aux oreilles lorsqu’il s’énervait. Je plongeai son verre dans mon seau à moitié vide, puis j’en transvasai une petite partie dans un grand bol. Je me saisis de la serviette humide posée sur le front de maman et la trempai dans ce bol avant de l’essorer. Désormais refroidie, je la reposai sur sa tête tout en approchant son verre de sa bouche. Après avoir bu une gorgée, maman toussa de plus belle. Fort, si fort, plus fort que jamais. Après cela, elle regarda sa main droite, dont elle s’était servi pour recouvrir sa bouche, puis elle écarquilla les yeux. Je ne compris qu’un instant plus tard, lorsqu’une goutte de sang coula le long de sa paume pour venir tacher notre parquet. Ça n’allait pas, ça n’allait vraiment pas.

Je fonçai chez les voisins pour leur demander de s’occuper d’elle jusqu’au lendemain. Quelqu’un devait prévenir les secours, à la ville, et ça ne pouvait être que moi. Grand frère… papa… maman… plus personne ne pouvait m’aider. En faisant coulisser la porte de leur maisonnette, je fus terrifiée de l’entendre encore. Cette toux, cette épouvantable toux. Cette fois-ci, elle ne venait pas d’elle : les enfants de la voisine toussaient à s’en déchirer les poumons, assis en travers sur le canapé. Leur mère semblait affolée. Non, vraiment personne ne pouvait m’aider. Je retournai précipitamment chez moi pour poser quelques provisions à portée de main de maman, puis je sortis. Moi aussi, j’avais claqué la porte. Suna n’était pas si loin, mais aussi longues pouvaient paraître quelques heures pour une petite comme moi, quelques kilomètres deviendraient un calvaire sous ce soleil ardent. Je marchais, je marchais, je marchais sans m’arrêter. Je n’avais plus de seau à l’épaule, pourtant je portais un poids bien plus lourd encore. Ma gorge était totalement asséchée lorsque je vis enfin les grands sentiers de verre, annonciateurs de la fin de mon périple. Arrivée à la douane, je présentai un morceau de papier que je gardais toujours dans le fond de ma poche. Les gardes me laissèrent passer, mais je n’eus pas la force de leur demander la direction de l’hôpital. Était-ce cette insatiable soif… ou autre chose ?

Après avoir fait le tour du quartier, je finis enfin par tomber sur un plan des environs. J’avais du mal à lire la carte, alors je décidai de progresser dans la ville, presque à l’aveugle. Le soleil tombait à l’horizon lorsque je découvris enfin, par un pur miracle, la façade verte de l’hôpital. Je poussai la porte puis me tournai vers la dame à l’accueil.


- Aide… maman… malade…

Ce furent les seuls mots qui parvinrent à sortir de ma bouche. Puis je m’effondrai sur le carrelage froid de la maison de santé, fière d’avoir accompli ma mission. Mes muscles étaient tétanisés, je vis d’un oeil entrouvert des hommes en blanc accourir vers moi. Et à mon tour, je toussai, toussai, toussai comme jamais je ne l’avais fait avant. C’était comme si quelque chose voulait sortir de mon être. Non, ça n’allait pas. Ça n’allait vraiment pas.

© Yumi Esuki
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